Actualité

La Notion d’art dans l’Antiquité: amplitude et prolongements

Date(s)

le 1 octobre 2019

de 18h00 à 20h00
Lieu(x)
Amphithéâtre Beaumont

Présentée par Élisabeth GAVOILLE

On partira de la description des sens multiples du mot latin ars, qui a donné « art » en français : manière d’être et façon d’agir, habileté et astuce, procédés et conduite, règle d’action, savoir-faire, science particulière, technique par opposition à nature, méthode et théorie… Si l’on peut remonter étymologiquement à l’idée d’adaptation étroite entre les parties d’un tout (racine indo-européenne ar- qui recouvre bien des domaines : artisanat, calcul, musique, rite religieux, ordre cosmique), la cohérence du mot latin tient dans la notion de « savoir », sans se limiter à la connaissance pratique et au savoir-faire : ars déploie toutes les formes et nuances de savoir, depuis l’habileté manuelle jusqu’à la plus haute spéculation intellectuelle. On s’attardera sur la notion d’« arts libéraux », dans l’Antiquité et au Moyen Âge et on prolongera l’histoire du mot : jusqu’au XVIIIe s., le français « arts » conserve une telle amplitude (arts et métiers, arts et sciences) avant de se limiter au sens de « beaux-arts » avec l’émergence de l’esthétique.

La particularité d’ars est de représenter un savoir partiel, spécialisé (comme le grec technè auquel il a beaucoup emprunté par le biais de la traduction, notamment dans des traités rhétoriques et philosophiques). Mais s’est développée une extension paradoxale de la notion avec le concept d’« art de vivre » inscrit au cœur de la philosophie stoïcienne : un savoir élargi à l’ensemble de la vie, étendu à chaque instant et action de l’existence. L’art de la vie signifie la sagesse, l’art parfait en tant que science totalement en acte. Ce modèle inspire certes l’« ascèse » philosophique (ou entraînement, technique de vie pratiquée comme voie vers la sagesse, manière de vivre philosophiquement) ; mais en tant qu’art total, qui transcende tous les autres arts et représente l’accomplissement de la raison humaine, lui-même n’appartient qu’à la figure hypothétique du « sage » – idéal qui mobilise toujours l’effort de l’homme réel et imparfait, le « progressant » en marche vers la sagesse.

Élisabeth GAVOILLE est normalienne (1985), agrégée de Lettres classiques (1988), docteur en études latines (1994, Paris 4-Sorbonne) et habilitée à diriger des recherches (2013, Sorbonne Université), Élisabeth Gavoille est Professeur de langue et littérature latines à l’université de Tours, et directrice de l’unité de recherche interdisciplinaire I.C.D. (“Interactions culturelles et discursives”, EA 6297 : langues, littératures et civilisations, arts du spectacle, musicologie, philosophie).

Ses recherches, en poétique et histoire des idées, portent essentiellement sur les notions d’art — savoir-faire, savoir et ruse —, sur les rapports entre esthétique et éthique dans la littérature latine classique avec deux monographies sur le sujet (Ars, étude sémantique de Plaute à Cicéron, Louvain-Paris, Peeters, 2000, et L’art paradoxal : art d’aimer chez Ovide, art de vivre chez Sénèque, à paraître chez Ausonius Éditions-CNRS Bordeaux). Elle travaille aussi sur l’art de la lettre (éditrice des colloques biennaux de Tours sur l’écriture épistolaire, de l’Antiquité à nos jours), et sur la poésie élégiaque, comique et satirique. Elle s’intéresse enfin, en complément de l’idée d’art et de technique, aux conceptions et représentations de la nature dans l’Antiquité romaine, animant avec Ida Mastrorosa, Professeur d’histoire romaine à l’université de Florence, le programme franco-italien ERA (Ecologia Roma Antica).