Laurent Bigot est journaliste, maître de conférences et directeur de l’École publique de journalisme de Tours (EPJT), l’une des 15 formations en journalisme reconnues par la profession en France. Ses enseignements et recherches portent, depuis 2013, sur la vérification de l’information et l’Education aux médias (EMI), dans la continuité de sa thèse de doctorat, soutenue en 2017 à l’Université Paris II - Panthéon-Assas et intitulée L’essor du fact-checking : de l’émergence d’un genre journalistique au questionnement sur les pratiques professionnelles. Il a créé en 2017 le média francophone Factoscope.fr, (prix « Newstorm » de FranceInfo) et publié Fact-checking vs Fake news : vérifier pour mieux informer (INA Éditions, 2019). Il a été commissaire de l’exposition Fake News. Art, fiction, mensonge en 2021 (Éditions Bord de l’eau, 2021). Et il est assesseur de l’International Fact-Checking Network (IFCN) et réalise de nombreuses missions de formation et de conseil en tant qu’expert international pour le compte d’ambassades, d’ONG et d’établissements de formation au journalisme, tout particulièrement en Afrique et dans l’espace francophone.
Présentation de la conférence.
Les innovations technologiques du dernier quart de siècle ont profondément bouleversé les écosystèmes informationnels, que ce soit du côté des émetteurs (professionnels de l’information, institutions, citoyens, etc.) que du côté des récepteurs de l’information (publics ciblés ou grand public). Le développement d’Internet, puis des réseaux sociaux, comme, plus récemment, l’émergence des agents d’intelligence artificielle générative ont successivement modifié notre manière de nous informer, en nous donnant accès à une infinité de contenus professionnels ou amateurs, sans limites, ni hiérarchie, ni contextualisation, ni vérification... Ils sont vrais ou faux sans qu’il ne soit toujours aisé de le savoir.
Dans le même temps, les rédactions journalistiques, dont la mission est d’informer de manière professionnelle leurs lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, internautes, communautés, peinent à garder le cap, tandis que leurs modèles économiques sont malmenés par ces innovations et l’illusion d’un accès gratuit à l’information. Après avoir fait le pari du quantitatif (stratégie d’accès libre aux contenus en échange de revenus publicitaires, appelée économie du clic) et de lignes éditoriales parfois racoleuses, quelques médias se repositionnent sur le qualitatif (vérification de l’information, certification des processus journalistiques, réaffirmation de principes éthiques). Mais ils doivent faire face à la baisse du trafic de leurs sites, liée à la concurrence de nouveaux acteurs plus agiles sur les plateformes des réseaux sociaux, ainsi qu’à l’usage toujours plus conséquent de l’IA par les publics. Le grand public, lui, a toujours besoin d’une information fiable, pas si simple à identifier.